Oui, ça arrive...
J'ai vécu un accouchement de rêve... en clinique!
J'ai 32 ans, je suis un "bébé Leboyer"... méthode dernier cri de naissance naturelle à l'époque, en Suisse.
La salle d'accouchement dans la pénombre. Ma mère semi allongée. Mon père. La sage femme. Tout le monde chuchote. "Poussez madame!" puis après que ma tête soit sortie "votre enfant va naître, prenez-le!"
Ma mère me prend de ses deux mains, il est 8h41 en début septembre, papa attend que mon cordon cesse de battre pour le couper, 7mn plus tard. Je suis sur le ventre chaud de maman, j'en profite pour lui faire cadeau de mon joli méconium, je commence à téter.
Quelques jours plus tard, infection gravissime au sein. contre indication totale (du moins à l'époque, j'ignore ce qu'il en est aujourd'hui...) à l'allaitement.
la sage-femme demande à maman "vous voulez allaiter? -oui!- vous le voulez vraiment? alors vous allez allaiter, la nature est bien faite!" Compresses de terre d'argile sur le sein infecté pendant plusieurs jours, homéopathie, la montée de lait continue dans un seul sein. allaitée pendant 8 mois avec un seul sein. Bon gros bébé rigolo et dormeur d'après maman...
Evidement, pour la naissance de ma fille, j'avais envie d'un accouchement Leboyer! Mon mari n'était pas partisan d'un accouchement à domicile, moi je n'était ni pour ni contre, pour moi c'était secondaire, pourvu que se soit le plus naturel possible.
J'en parle à ma sage femme qui me dit (connaissant bien mon gynéco car elle travaille beaucoup avec lui) "ohhh, avec lui tu peux toujours essayer... mais vas-y doucement quand même!" me voilà prévenue!
Je lui demande s'il connait la méthode d'accouchement Leboyer, lui précisant que j'étais née ainsi, lui décrivant les grands principes. Il ne connait pas du tout.
Consultation suivante je lui avait acheté le livre (au fait Leboyer à aussi écrit le livre Shatala sur le massage...) "Pour Une Naissance Sans Violence Leboyer Frédérick .... Se pourrait-il que naître soit aussi douloureux pour l'enfant qu' accoucher l'était pour la mère ? ..."
Je le lui donne. J'igore s'il l'a vraiement lu... ça prend 10 mn en étant rapide!
Je revois ma sage femme, lui dit "je voudrais accoucher sans scialytique, tu penses que c'est possible?" "oulahhh! avec lui tu as peu de chances!" Je demande au gynéco consultation suivante "oui, d'accord" ! comme quoi...
Je lui explique que je souhaite dans la mesure du possible accoucher sans péridurale "ok. pas de soucis. faites quand même la consultation avec l'anesthésiste pour qu'il vous explique et vous voit médicalement, ainsi si jamais vous vouliez la prendre tout serait prêt" je réponds ok et m'exécute.
je lui demande que tout le monde parle si possible à voix basse, évite de claquer les portes ou laisse tomber des instruments.
Si possible pas de lumière aveuglante. pas de déclenchement évidement, ni "trucs" pour accélérer la manœuvre. je sors le bébé moi même. on laisse battre le cordon. pas d'aspiration, piqure de suite et compagnie. pas de bain immédiat. il me dit que maintenant ça ne se fait plus. on les laisse 2h sur le ventre de maman pour qu'ils se réchauffent.
Il me dit ok pour tout, on est bien d'accord tout les deux que c'est dans la mesure où les choses se déroulent à peu près normalement et sans risque.
il note tout sur mon dossier de grossesse, me disant de bien le préciser à l'équipe lorsque j'arriverai en clinique.
Je vais voir mon homéopathe qui me prescrit un traitement sur mesure à prendre 1 mois avant terme.
Je commence 6 semaines avant terme...intuition juste!
14 jours avant terme, cinéma en amoureux un lundi soir. couchés tard, Antoine ne dort toujours pas quand les premières contractions me réveillent à 1h du matin ce mardi 21 mars.
Tranquille. mais pas moyen de dormir. je range, mets à jour mes papiers, lui donne les infos pour mon boulot comme je suis à mon compte, prépare mes affaires, je me pose à chaque contraction.
Mercredi matin dernière séance préparation à l'accouchement" la poussée"!!
Mardi matin pose d'un bridge chez le dentiste à 9H.
Mardi matin 7h, Antoine me dit "alors, on y va ou pas?" j'hésite. je ne pense pas être sur le point d'accoucher, gère très bien mes contractions espacées. je fais la belle "pf pf, ça y'est celle là est passée".
Je préfère quand même contrôler à la clinique.
Nous habitons en plein centre ville. Sans voiture personnelle. Je lui propose qu'on y aille en bus, c'est pas loin (30mn). Il est 7h15
Je gère mes contractions, arrive maquillée et peinard à la clinique. La standardiste appelle les sages femmes "encore une (j'apprendrais plus tard que j'étais la 14ème de l'équipe de nuit..), non elle ça va, elle est debout"
Plus de place. on m'examine dans une mini salle sur un brancard. 1cm. le travail a commencé. il peut continuer ou reprendre dans 24 ou 48H. 30mn de monito et retour à la maison en bus. auparavant l'équipe ayant étudié mon dossier me demande des précision sur ce que je souhaite pour l'accouchement.
A la station on téléphone à nos familles. je laisse un message, très embarrassée, sur le répondeur (ouf il en a un!) du dentiste "je suis sur le point d'accoucher. je ne pense pas pouvoir venir au rendez-vous".
J'appelle ma sage-femme "euh.. tu sais, on a rendez vous demain pour apprendre la poussée. ben je crois que je vais apprendre sur la tas!" " je ne me fais aucun soucis pour toi, tu y arriveras très bien! génial, un parole encourageante qui me donne confiance.
ok. puisqu'elle le dit, elle doit avoir raison!
retour à la maison vers 9h30.
Je prend un petit déjeuner copieux. continue à vaquer.
à 11h, bain chaud.
Je sort à 12h car les contractions sont si violentes que même le bain ne m'aide pas. je perds les eaux, je vomis mon petit déjeuner, je me vide de partout en préparation... Antoine dort enfin... il n'avait pas dormi depuis plus de 30 heures. je le laisse dormir le plus longtemps possible. j'essaie de m'habiller. les contractions sont si violentes,si longues, si rapprochées. la je fais moins la belle et comprends ce que c'est.
J'ai compris en préparations qu'elles étaient mes amies et le signe que l'utérus travaille, à la fois pour dilater le col et à la fois pour pousser le bébé. que la douleur vient de ces 2 forces qui travaillent en sens contraire. donc douleur signifiant un travail efficace.
j'essaie d'accueillir chaque contraction comme une amie, une aide précieuse. j'ai compris aussi que j'avais hormonalement grâce à l'ocytocine tout ce qu'il fallait pour gérer la douleur. le seul problème était l'adrénaline , généré par le stress, la tension ou la contrarié, qui annulait les effets de l'ocytocine. à partir de se moment là je me dit que mon seul boulot est de rester zen. si je me crispe ou m'énerve contre les événements extérieurs, je ne pourrai plus gérer la douleur.
13h15, je réveille Antoine "Appelle l'ambulance, on y va!" à moitié endormi il me dit "tu es sure, c'est le moment?" la réponse était si affirmative que ça l'a réveillé d'un coup. quand l'ambulance est là, je descends de suite pendant qu'il prends valise et papiers et ferme l'appartement. quand j'ouvre la porte de l'immeuble l'ambulancière est là, me voit à peine et regarde par dessus mon épaule.
je lui dit "c'est moi la femme enceinte!" j'étais cool et avait un petit ventre...
les 30mn les plus pénible. le trajet allongée sur un brancard dans une ambulance.
J'arrive à la clinique pour la seconde fois de la journée, cette fois ci à l'horizontale! il est 14h30, Marina va naitre à 16h30!
Dilatation 4cm "bravo madame!" oui, je voulais tenir le maximum à la maison.
"le liquide est vert, ça veut dire qu'il faut aller vite. si ça ne va pas assez vite je devrai vous aider".
Mon gynéco est auprès de nous à 15h... je comprends qu'il y a urgence pour qu'ils l'aient appelée de suite. dilatation à 6.
ça va vite. pas d'aide chimique ou mécaniques pour l'instant.
15h à 16h. les contractions sont si violentes et chaque fois seulement 10 secondes de répit... je ferme les yeux et m'évanouis presque entre. Antoine me sert fort la main "Yaëlle ouvre les yeux. reviens."
Je m'applique à rester zen , intériorisée. accueillir ces contractions, toute à mon corps et au travail.
16h "appelle la sage femme, j'ignore ce qui se passe mais ça pousse tout seul"
elle arrive "c'est trop tôt madame, retenez, rappeler moi quand vous ne pourrez plus retenir". c'était fait 4 mn plus tard. examen. "ohhh... mais vous êtes déjà à dilatation totale, on peut y aller, allez chercher le gynéco".
pieds dans les étriers (perso je m'en fichais, ce n'était pas le plus important pour moi"), "poussez"
en 20mn ma fille est sur mon ventre. je l'ai prise, sortie de moi, mal jugé la longueur du cordon et trop tiré "attendez!! elle est toujours attachée!!" oups!
2h sur moi. je suis entièrement nue dans cette salle d'accouchement. Antoine à dégrafé mon soutien gorge. on nous recouvre d'un drap.
La sage femme qui m'a suivie depuis 7h ce matin là me demande quel est mon traitement homéo. elle est enceinte et a été agréablement étonnée de mon accouchement sans péridurale. le gynéco aussi.
nous restons 2h seuls tous les trois. 2h magiques. accouchement magique pour moi. tout ce que j'ai demandé à été respecté.
déchirure. je m'en fiche. c'est le cadet de mes soucis. 2h plus tard en arrivant dans la chambre je dis à Antoine" je suis prête à réaccoucher dans 2 jours, c'était génial!"
Il est fier je crois.
Par contre.... les 3 premiers mois de l'allaitement on été extrêmement difficiles. j'étais préparée à l'accouchement. bien préparée. pas à l'allaitement. je croyais que ça irait tout seul. erreur. nous avons perdu cette sagesse... je n'y étais pas préparée. mais c'est une autre histoire.